Comment évaluer la sécurité des obligations d’État

Evaluating the health

Durant toute la période qui a suivi la Deuxième Guerre mondiale, les marchés des obligations d’État dans les pays développés étaient très prévisibles. Le taux d’inflation constituait le facteur le plus important pour déterminer le niveau des taux d’intérêt, et les défauts de paiement ne soulevaient que très peu d’inquiétude.  Pour ces pays, le rendement des obligations d’État était considéré comme un taux « sans risque » qui servait de base à l’évaluation des rendements des autres catégories d’actif.  Les défauts de paiement survenaient plutôt dans les pays en développement en raison de la mauvaise gestion budgétaire et de l’inflation élevée.

La situation a changé dans les dernières années avec les problèmes de dette souveraine dans certains pays comme l’Irlande, l’Islande et la Grèce.  Les pertes peuvent être substantielles, comme l’ont appris les porteurs d’obligations d’État de la Grèce, qui ont perdu 70 % de la valeur de leur placement en raison du programme de restructuration.  Est-ce qu’une détérioration du même ordre se produit aujourd’hui dans d’autres pays?  Comment un investisseur peut-il évaluer la solvabilité des obligations d’État?

Nous avons longtemps pris pour acquis que les pays présentant un ratio dette-PIB faible jouissaient d’une bonne cote de crédit.  Cette mesure ne s’avère plus suffisante puisqu’il faut aussi prendre en considération le passif éventuel.  Ce dernier se constitue d’éléments comme la vigueur du secteur bancaire, les engagements des caisses de retraite et les coûts de soins de santé.  Des pays comme l’Irlande et l’Islande, qui présentaient au départ un ratio dette-PIB très faible, ont été forcés de venir à la rescousse de leur secteur bancaire et de prendre en charge des dettes démesurées.  Les données démographiques et des programmes sociaux généreux ont handicapé bon nombre de pays en Europe, puisqu’ils ne peuvent soutenir les paiements promis.

En utilisant cette approche pour évaluer le marché des obligations d’État, ce sont les économies en développement qui présentent un risque moins élevé que les nations développées.  Des pays comme les États-Unis et le Japon continuent d’emprunter et d’accroître leur niveau d’endettement tout en payant de faibles taux d’intérêt records.  Ceci s’explique par le fait que le marché américain est encore perçu comme un refuge, malgré les niveaux d’endettement qui se détériorent rapidement et un système politique qui semble incapable de trouver une solution.  Le Japon, un pays pratiquement fermé à l’immigration, ne possède pas de plan pour réduire sa dette, mais risque de perdre jusqu’à 40 millions de travailleurs dans les 40 prochaines années en raison du vieillissement de la population.  Fondamentalement, l’avenir de ces pays semble incertain.

Le Canada tire mieux son épingle du jeu que la majorité des pays développés.  Le gouvernement fédéral continue de sabrer les dépenses et commence à s’attaquer au passif éventuel, comme le Régime de pensions du Canada et les transferts de soins de santé.  Bien que ces mesures soient fort impopulaires, les coûts médicaux et les prestations de retraite doivent faire l’objet d’un contrôle à l’avenir étant donné le contexte actuel.  Au palier provincial, les niveaux d’endettement sont plus importants et il faudra contrôler les dépenses et potentiellement augmenter les impôts.

En résumé, l’univers des obligations d’État nécessite des méthodes différentes pour évaluer le risque de crédit.  Il ne suffit pas d’examiner les niveaux d’endettement actuels, mais aussi de prendre en considération le passif éventuel qui pourrait un jour se traduire par une dette publique encore plus importante.  Les administrations qui optent pour une approche proactive en vue de réduire leur dette et leur passif éventuel éviteront ainsi de recourir au type de « solution » que le gouvernement grec a dû adopter.

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