François Hollande changera-t-il le destin de l’Europe?

Angela Merkel vs. François Hollande

L’Europe fait encore une fois la une des journaux alors que les investisseurs suivent de près la situation en Grèce.  Lors des récentes élections en Grèce, les partis radicaux marginaux ont gagné des votes et des sièges au détriment des partis traditionnels.  L’élection a été tellement fragmentaire qu’aucun parti n’a pu former de gouvernement, ce qui oblige le pays à tenir de nouvelles élections en juin.  Celles-ci tenant lieu de référendum sur la participation de la Grèce au marché commun européen, les enjeux sont maintenant très élevés.  Si la Grèce se retrouve incapable d’élire un gouvernement stable (coalition ou autre) qui appuie le plan de sauvetage convenu, la Grèce pourrait devoir se retirer de l’UE.

Le problème ne vient pas uniquement du niveau de la dette souveraine de certains pays européens, mais aussi de la solution proposée par l’Allemagne pour résoudre la crise.  L’Allemagne s’est, par le passé, jointe à la France pour imposer une certaine discipline fiscale aux membres fragiles de la zone euro, connus collectivement sous le sigle P.I.G.S.  (Portugal, Irlande, Grèce et Espagne).  Au lieu de résoudre la crise, les hausses d’impôt draconiennes et les baisses des dépenses des gouvernements ont eu l’effet opposé, faisant diminuer la croissance et les recettes fiscales, tout en aggravant une situation déjà délicate.  Résultat : une paix sociale troublée et un taux de chômage chez les jeunes qui atteint maintenant 50 % en Espagne et en Grèce.

Avec Sarkozy, la chancelière allemande pouvait compter sur un allié motivé, mais l’élection de François Hollande fait maintenant contrepoids à l’Allemagne.  La différence entre les approches est particulièrement frappante avec les récentes discussions concernant l’émission d’euro-obligations.  Le concept visant à émettre des obligations soutenues par la zone euro plutôt que par les différents pays eux-mêmes a été appuyé par le FMI (Fonds monétaire international) et l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques).  L’émission d’euro-obligations aiderait les pays faibles comme la Grèce car, en réalité, la zone euro tout entière la soutiendrait.  Des pays comme l’Allemagne auraient un taux d’intérêt élevé, mais cette solution procurerait un avantage immédiat à la région en stabilisant les marchés de la dette.

L’Allemagne s’oppose à cette initiative car, selon elle, l’absence de contrôles fiscaux rigoureux encouragerait des pays comme la Grèce à continuer de mal gérer leurs finances.  Cette approche de la « loi du plus fort » pourrait avoir des conséquences désastreuses, non seulement pour l’Allemagne, mais aussi pour l’économie mondiale.  François Hollande est d’accord avec l’émission d’euro-obligations et a commencé à former une alliance avec l’Espagne et l’Italie.  Il est également partisan d’une approche modérée en ce qui concerne la résolution du problème de la dette, notamment grâce à des dépenses dans des projets d’infrastructures.  Barack Obama s’est lancé dans la discussion et défend une approche plus stimulante pour régler les problèmes.

L’élection de quelqu’un qui ferait contrepoids, tel que Hollande, pourrait en effet changer le destin de l’Europe, car il offre un point de vue opposé qui, espérons-le, permettra de trouver un compromis.  La crise de la dette n’a pas éclaté du jour au lendemain, et il faudra de nombreuses années pour la faire disparaître.  La Grèce est un bon exemple des dommages que les gouvernements peuvent infliger au tissu social lorsqu’ils adoptent des solutions qu’une grande partie de la population trouve difficiles à avaler.

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