Projet de recherche sur la mortalité des retraités canadiens 2024

L’Institut canadien des actuaires (ICA) a publié, le 11 mars 2026, le rapport tant attendu sur le Projet de recherche sur la mortalité des retraités canadiens de 2024, qui comprend de nouvelles tables de mortalité reflétant les données récentes concernant les retraités canadiens et leurs conjoints. Cette étude et les tables de mortalité qui l’accompagnent ouvrent la voie à une éventuelle adoption en vue de leur utilisation dans les évaluations actuarielles et les normes relatives au calcul des valeurs actualisées de rentes pour les régimes de retraite au Canada.

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Projet de recherche sur la mortalité des retraités canadiens 2024

Contexte

Aujourd’hui, les régimes de retraite canadiens utilisent généralement une variante des tables CPM2014 comme hypothèse de base en matière de mortalité. Ces tables s’appuient sur des recherches menées en 2014 et sur les données de mortalité enregistrées entre 1999 et 2008. À l’époque, il s’agissait de la première étude à se pencher spécifiquement sur la mortalité des retraités canadiens.

Considérant que dix ans se sont écoulés depuis l’étude de 2014, l’ICA a mandaté Ad Res Advanced Reinsurance Services pour effectuer une mise à jour de cette étude, soit le Projet de recherche sur la mortalité des retraités canadiens de 2024 (Étude CPM2024). L’étude CPM2024 a été publiée en mars 2026 et comprend 20 tables de mortalité différentes, qui varient selon les critères suivants :

  • Homme vs Femme;
  • Retraités vs Conjoints survivants;
  • Élevée vs Faible vs Combinée[1]; et
  • Montants des rentes pondérés vs Nombre de vies pondérées.

Principaux résultats de la recherche CPM2024

Données

Les tables de mortalité CPM2024 ont été établies à partir de l’expérience de 33 régimes, couvrant 1,6 million d’enregistrements individuels, 11,4 millions d’années-personnes en durée d’exposition et plus de 330 000 décès enregistrés. Cela représente un volume de données environ trois fois supérieur à celui de l’étude précédente menée en 2014.

La période couverte par cette étude s’étend sur 11 ans, de 2011 à 2021.

Impact de la COVID-19

La période étudiée couvrant des années marquées par la COVID-19, une modélisation a été réalisée afin d’identifier les périodes de « pics » de mortalité. Bien qu’un excès et un déficit de mortalité[2] soit prévisible, l’analyse a permis de déterminer que la première vague de décès liés à la COVID-19, survenue en avril/mai 2020, constituait une valeur aberrante. En conséquence, cet événement isolé a été pris en compte en l’excluant de l’élaboration des tables finales, qui reflètent les taux de mortalité en vigueur au début de 2024.

Mortalité élevée vs faible

L’étude précédente de 2014 a donné lieu à des versions des tables de mortalité CPM2014 créées spécifiquement pour les secteurs public et privé. L’étude CPM2024 reconnaît que cette catégorisation ne reflète peut-être pas pleinement les différences en matière de mortalité attendue. Par exemple, un régime regroupant des cadres du secteur privé pourrait présenter une mortalité inférieure à celle d’un régime du secteur public, ce qui contredit la conclusion de l’étude de 2014 selon laquelle les régimes du secteur public ont généralement une mortalité inférieure à celle des régimes du secteur privé.

Plutôt, l’étude CPM2024 a divisé les régimes en sous-régimes en fonction de caractéristiques similaires (cols bleus vs cols blancs, syndiqués vs non-syndiqués, cadres vs non-cadres, etc.). Ces sous-régimes ont ensuite été classés en deux catégories[3], « élevée » et « faible », en fonction des écarts observés dans les taux de mortalité. Cela a donné lieu à des versions « élevée », « faible » et « combinée » des tables de mortalité CPM2024.

L’étude CPM2024 fournit des indications sur la manière dont les régimes devraient choisir entre les versions « élevée » et « faible » des tables de mortalité, mais laisse ultimement la décision à l’actuaire du régime. Les régimes peuvent comparer les caractéristiques de leur effectif à celles des sous-régimes utilisés pour élaborer les deux versions des tables, à titre de référence :

  • Élevée : selon l’expérience de groupes dont l’emploi consiste principalement en un travail manuel intensif.
  • Faible : selon l’expérience de groupes dont les membres occupent principalement des postes de cols blancs dans les secteurs des services financiers et de l’éducation.

Mortalité des conjoints survivants

L’une des principales innovations de l’étude CPM2024 réside dans l’introduction de tables de mortalité distinctes pour les retraités et les conjoints survivants. L’objectif est de refléter le taux de mortalité généralement plus élevé observé chez les conjoints survivants après le décès du retraité.

Des études ont montré que ce phénomène (dénommé « effet de veuvage » dans l’étude CPM2024) entraîne une mortalité accrue, les veuves (ou veufs) devant faire face à un stress émotionnel et physique ainsi qu’à des changements de mode de vie alors qu’elles (ou ils) pleurent la perte d’un être cher. Les données de mortalité observées dans l’étude CPM2024 montrent que cet impact est suffisamment marqué pour justifier l’établissement d’une série distincte de tables de mortalité. Cette différenciation de la mortalité entre les retraités et les conjoints survivants est généralement prise en compte par les assureurs pour la tarification groupée de l’achat ou du rachat de rentes.

Prochaines étapes

L’industrie attendra les directives de la Commission des rapports financiers des régimes de retraite et du Conseil des normes actuarielles de l’ICA concernant la manière dont les nouvelles tables de mortalité CPM2024 seront adoptées pour les évaluations actuarielles et les normes relatives au calcul des valeurs actualisées de rente. Il est probable que ces directives tiendront également compte de l’échelle d’amélioration de la mortalité CanMI-2024, publiée en avril 2024 dans le cadre de la Recherche sur l’amélioration de la mortalité de l’ICA. À l’heure actuelle, l’utilisation des tables de mortalité CPM2014, associées aux échelles d’amélioration de la mortalité CPM-B, MI-2017 ou CanMI-2024, demeure appropriée aux fins des évaluations actuarielles.

Entre-temps, les promoteurs de régimes peuvent envisager les éléments suivants :

  1. Réaliser une analyse d’impact de l’adoption des nouvelles tables de mortalité CPM2024 dans le cadre de leur processus d’évaluation actuarielle au 31 décembre 2025. L’impact sur les passifs et le coût normal variera selon plusieurs facteurs, notamment le profil démographique du régime, les hypothèses actuelles de taux de mortalité de base, ainsi que la version des nouvelles tables CPM2024 qui sera adoptée.

Cette analyse devrait également évaluer l’incidence de l’adoption de la nouvelle échelle d’amélioration de la mortalité CanMI-2024 afin d’avoir une vue complète des changements touchant le passif et le coût normal découlant de modifications potentielles aux hypothèses de mortalité (c.-à-d. tant la mortalité de base que les améliorations futures). Les résultats préliminaires indiquent que l’augmentation de l’espérance de vie et du passif du régime de retraite est principalement attribuable à la nouvelle échelle d’amélioration de la mortalité CanMI-2024, toutes choses étant égales par ailleurs.

  1. Si les régimes utilisent actuellement un facteur d’ajustement personnalisé pour les tables CPM2014 (p. ex. dérivé d’une étude de mortalité personnalisée ou spécifique à une industrie), ils doivent garder à l’esprit que ce même facteur d’ajustement pourrait ne pas être transposable aux nouvelles tables CPM2024. Une étude de mortalité révisée serait nécessaire pour recalibrer les données d’expérience spécifiques au régime ou à l’industrie en fonction des nouvelles tables de mortalité de base.

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[1]  Les conjoints survivants de sexe masculin ne disposent que d’une version de table « combinée », en raison du manque de données sur la mortalité pour cette cohorte.

[2]  La surmortalité (ou sous-mortalité) désigne une mortalité observée supérieure (ou inférieure) à ce qui était prévu.

[3]  L’étude a également réparti les sous-régimes dans un troisième groupe intermédiaire. La mortalité observée dans ce groupe ne différait pas de façon significative de l’expérience combinée de l’ensemble des régimes. Par conséquent, il n’a pas été nécessaire d’établir une version intermédiaire de la table de mortalité CPM2024.