Régime de rentes du Québec (RRQ) – Évaluation actuarielle 2024

Ce communiqué présente les principales constatations et conclusions de l’Évaluation actuarielle du Régime de rentes du Québec au 31 décembre 2024. Un aperçu des conclusions du Rapport actuariel sur le Régime de pensions du Canada au 31 décembre 2024 est aussi présenté à la fin de ce communiqué.

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Mémo PBI – Évaluation actuarielle du RRQ 2024_Décembre 2025

Régime de rentes du Québec (RRQ) – Évaluation actuarielle 2024

Le ministre des Finances du Québec, M. Eric Girard, déposait à l’Assemblée nationale, le 13 novembre 2025, l’Évaluation actuarielle du Régime de rentes du Québec au 31 décembre 2024. Cette évaluation est requise au moins une fois tous les trois ans selon la Loi encadrant le RRQ, et elle présente la situation financière du régime de base et du régime supplémentaire.

Le RRQ est un pilier important du système de retraite québécois, et il compte plus de 4 millions de cotisants.

Le tableau suivant présente les résultats des cotisations perçues et des prestations versées pour l’année 2024 ainsi que la réserve au 31 décembre 2024 pour le régime de base et le régime supplémentaire.

Régime de rentes du Québec

Le RRQ est administré par Retraite Québec, et ses placements sont gérés par la Caisse de dépôt et placement du Québec.

Évaluation actuarielle au 31 décembre 2024

L’analyse actuarielle a pour objectif de mesurer la viabilité financière à long terme du RRQ. Elle est effectuée pour le régime de base et le régime supplémentaire en considérant les entrées (cotisations et revenus de placement) et sorties (prestations et frais) de fonds au cours des 50 prochaines années (2025-2074) ainsi que leur effet sur la réserve de chacun des régimes, sur le taux de cotisation d’équilibre et sur le taux de cotisation de référence. Le taux de cotisation d’équilibre et le taux de cotisation de référence correspondent respectivement aux mesures de financement du régime de base et du régime supplémentaire :

  • Dans le régime de base, le taux de cotisation d’équilibre permet de maintenir constant à long terme le rapport entre la réserve et les sorties de fonds annuelles;
  • Dans le régime supplémentaire, le taux de cotisation de référence permet d’atteindre, à la fin de la vingtième année de projection, une réserve qui est au moins égale à la valeur des dépenses postérieures à cette vingtième année afférentes aux cotisations versées avant la fin de cette même période de vingt ans.

Soulignons que l’évaluation actuarielle s’appuie sur des hypothèses établies sans ajout de marges pour écarts défavorables.

L’évaluation actuarielle est établie en supposant les taux de cotisation actuellement prévus par la loi, et ce, pour toute la période de projection, soit jusqu’en 2074 :

  • Pour le régime de base, un taux de cotisation fixe de 10,80 % applicable aux gains supérieurs à l’exemption générale (3 500 $) jusqu’au maximum des gains admissibles (MGA);
  • Pour le régime supplémentaire :
  • 1ervolet : un taux de cotisation fixe de 2,00 % applicable aux gains supérieurs à l’exemption générale (3 500 $) jusqu’au MGA; et
  • 2evolet : un taux de cotisation fixe de 8,0 % applicable aux gains supérieurs au MGA jusqu’au maximum supplémentaire des gains admissibles (MSGA). Le MSGA correspond à 114 % du MGA.

Le ministre des Finances du Québec, M. Eric Girard, déposait à l’Assemblée nationale, le 25 novembre 2025, la plus récente mise à jour économique et financière du Québec. Dans cette mise à jour, M. Girard annonçait que le taux de cotisation fixe du régime de base était revu à la baisse pour s’établir à 10,60 % au 1er janvier 2026 (pour plus d’information, veuillez consulter notre communiqué au lien suivant : Mise à jour économique du gouvernement du Québec).

Vieillissement de la population

Le vieillissement de la population du Québec est un facteur déterminant dans l’évolution de la situation financière du Régime. La structure démographique actuelle, qui constitue le point de départ des projections, influence donc fortement les résultats. Le tableau suivant présente une comparaison de l’espérance de vie d’une personne de 65 ans en 2025 et en 2074.

Espérance de vie pour une personne de 65 ans

Au cours de la période de projection, la population des 65 ans et plus passe de 22 % à 29 % de la population totale, ce qui correspond à une hausse d’un peu plus de 30 %. Par ailleurs, en 2025, le RRQ comptait 2,1 cotisants pour chaque bénéficiaire. Ce ratio devrait diminuer pour atteindre un niveau inférieur à 2 cotisants dès 2029, puis continuera de diminuer pour atteindre un niveau d’environ 1,6 en 2074.

Taux de retraite

L’âge à la retraite est une hypothèse déterminante pour l’évaluation actuarielle. L’âge normal de la retraite prévu par le Régime est de 65 ans. Depuis 1984, une rente de retraite réduite peut être versée dès l’âge de 60 ans, avec une réduction de la rente cependant. La retraite peut également être ajournée jusqu’à 72 ans, avec une bonification. Depuis 2014, il n’est plus nécessaire d’avoir cessé de travailler pour pouvoir recevoir une rente.

L’évaluation actuarielle prévoit ce qui suit :

  • Le taux de retraite à 60 ans a considérablement diminué au cours des dernières années, passant de 60 % à 26 % chez les femmes et de 54 % à 23 % chez les hommes pour la période de 2014 à 2024. Le report de la rente de retraite s’explique principalement en raison de la participation au marché du travail de travailleuses et travailleurs plus expérimentés qui reportent ainsi leur retraite, de nouvelles cohortes qui sont de plus en plus scolarisées, en meilleure santé et demeurent sur le marché du travail plus longtemps, et aussi du changement dans la planification financière pour la retraite. En revanche, la majorité des personnes reportant leur rente de retraite demanderont celle-ci à 65 ans. Ainsi, une diminution de la prise de retraite avant 65 ans a été considérée dans les projections de 2025 à 2044 pour se stabiliser ensuite, résultant ainsi à un âge moyen auquel la demande de rente de retraite est faite à 64,1 ans pour les femmes et à 64,3 ans pour les hommes à compter de 2044;
  • À compter de 2034, le taux de retraite prévu à 60 ans est de 19 % pour les hommes et de 21 % pour les femmes, et celui à 65 ans est de 37 % pour les hommes et de 37 % pour les femmes;
  • Sinon, les taux de retraite sont relativement bas entre 60 et 65 ans. En revanche, pour refléter la tendance observée dans la population de retarder l’âge de la retraite après 65 ans depuis la dernière évaluation actuarielle, les taux de retraite pour ces âges ont été augmentés et sont plus élevés que les taux entre 60 et 65 ans.

Hypothèses économiques

Les hypothèses économiques retenues influencent aussi de manière importante les résultats de l’analyse actuarielle. Parmi ces hypothèses, l’inflation et le taux de rendement réel utilisés pour projeter la réserve de chacun des régimes sont particulièrement déterminants. Le taux de rendement réel représente l’écart entre le taux de rendement nominal et l’inflation. Le tableau suivant présente les hypothèses d’inflation et de taux de rendement réel et nominal.

Taux de rendement de l’actif du Régime, net des frais de gestion

 

Le tableau ci-après illustre le taux de rendement réel moyen sur la période de projection.

Détail du taux de rendement réel moyen sur 50 ans

 

Contexte économique et hypothèses pour la période allant de 2025 à 2027

L’environnement économique actuel est marqué par une incertitude accrue, notamment en raison des tensions commerciales entre le Canada et les États-Unis et de la montée du protectionnisme à l’échelle mondiale. Dans ce contexte, un scénario de ralentissement économique est retenu pour la période allant de 2025 à 2027. Il est caractérisé par une inflation légèrement plus élevée qu’à long terme et par des salaires réels dont la croissance est ralentie. Le contexte économique affecte également les taux de rendement sur la réserve, qui sont plus faibles durant cette période.

Sommaire des résultats

Sur la base des hypothèses retenues, l’analyse des résultats permet les constats suivants :

Régime de base

  • Les cotisations et les revenus de placement sont suffisants pour assurer le financement des sorties de fonds jusqu’en 2074. À compter de 2030, une partie (3 %) des revenus de placement doit couvrir une partie des sorties de fonds. En 2074, 38 % des revenus de placement devront servir à financer les sorties de fonds;
  • Aucune part de la réserve ne sera nécessaire pour financer les sorties de fonds sur l’horizon de projection;
  • Le taux de cotisation d’équilibre du régime de base est de 10,47 %. Ce taux permet de maintenir un rapport constant entre la réserve et les sorties de fonds annuelles dès 2054;
  • Puisque le taux d’équilibre (10,47 %) est inférieur au taux prévu par la Loi à la suite de la mise à jour économique et financière du Québec à l’automne 2025 (10,60 %), aucun ajustement automatique du taux de cotisation n’est nécessaire. Le taux de cotisation d’équilibre sera calculé de nouveau lors de l’évaluation actuarielle du 31 décembre 2027. Rappelons qu’un mécanisme d’ajustement automatique est prévu par la Loi. Ce mécanisme prévoit que lorsque le taux de cotisation d’équilibre excède d’au moins 0,10 % le taux de cotisation légal, ce dernier est augmenté à raison de 0,10 % annuellement, jusqu’à ce que l’écart entre les deux taux devienne inférieur à 0,10 %. Chaque année, au plus tard le 15 septembre, le gouvernement peut décider de surseoir par décret à cet ajustement automatique;
  • La réserve au 31 décembre 2024 se situe à 126 milliards de dollars, soit 11 milliards de dollars de plus que ce qui était prévu dans l’évaluation actuarielle précédente. Ce niveau est plus élevé que ce qui avait été projeté, principalement en raison des cotisations plus élevées de 8 milliards de dollars et des revenus de placement plus élevés de 3,1 milliards de dollars au cours des trois dernières années;
  • Le rapport entre la réserve et les sorties de fonds annuelles a augmenté de 6,1 au 31 décembre 2021 à 6,3 au 31 décembre 2024. Ce niveau est plus élevé que celui projeté dans l’évaluation actuarielle précédente en raison de l’évolution favorable de la réserve au cours des trois dernières années. Ce rapport augmente ensuite pour atteindre 11,3 en 2074;
  • Le financement du régime de base repose principalement sur l’évolution de la masse salariale soumise à cotisation. Les cotisations représentent environ 80 % des entrées de fonds du régime en 2025 et diminueront graduellement pour atteindre 50 % en 2074.

Régime supplémentaire

  • Les cotisations et les revenus de placement sont suffisants pour assurer le financement des sorties de fonds jusqu’en 2074. À compter de 2054, une partie (1 %) des revenus de placement doit couvrir une partie des sorties de fonds. En 2074, 27 % des revenus de placement devront servir à financer les sorties de fonds;
  • Aucune part de la réserve ne sera nécessaire pour financer les sorties de fonds sur l’horizon de projection;
  • Le taux de cotisation de référence du régime supplémentaire est de 1,60 %. Ce taux permet d’atteindre, à la fin de la vingtième année de projection, une réserve qui est au moins égale à la valeur des dépenses postérieures à cette vingtième année afférentes aux cotisations versées pendant cette période de vingt ans, c.‑à‑d. une réserve de 209,8 milliards de dollars en 2044. Il est à noter que le taux de cotisation de référence est applicable aux gains du 1er Le calcul du taux de cotisation de référence considère que le taux applicable aux gains du 2evolet est quatre fois plus élevé;
  • Puisque le taux de référence (1,60 %) est inférieur au taux prévu par la Loi (2 %), aucun ajustement automatique du taux de cotisation n’est nécessaire. Le taux de cotisation de référence sera calculé de nouveau lors de l’évaluation actuarielle du 31 décembre 2027. Rappelons qu’un mécanisme d’ajustement automatique est prévu par la Loi. Ce mécanisme se déclenche lorsque le taux de cotisation d’équilibre, pendant deux évaluations triennales consécutives, est supérieur de plus de 0,2 % (situation défavorable) ou est inférieur de plus de 0,3 % (situation favorable) au taux de cotisation légal. En cas de situation défavorable, le taux de cotisation est augmenté de 0,1 % annuellement alors que le niveau des prestations (accumulées et en paiement) est réduit de 1 % annuellement, jusqu’à ce que l’écart entre les deux taux devienne inférieur à 0,2 %. En cas de situation financière favorable, l’inverse se produit. À noter que si le taux de cotisation d’équilibre excède d’au moins 0,5 % (situation fortement défavorable) le taux prévu par la Loi, le mécanisme d’ajustement est déclenché automatiquement, sans qu’une deuxième évaluation triennale subséquente soit nécessaire. La portée du mécanisme d’ajustement est restreinte puisque le niveau des prestations doit demeurer entre 90 % et 110 % du niveau initial, et le taux de cotisation, entre 1 % et 3 %. Les premiers ajustements découlant du mécanisme d’ajustement ne pourront pas être appliqués avant 2042;
  • La réserve au 31 décembre 2024 se situe à 16 milliards de dollars, soit 2 milliards de dollars de plus que ce qui était prévu dans l’évaluation actuarielle précédente. Ce niveau est plus élevé que ce qui avait été projeté, principalement en raison des cotisations plus élevées de 1,6 milliard de dollars et des revenus de placement plus élevés de 0,7 milliard de dollars au cours des trois dernières années. La réserve du régime supplémentaire croît rapidement, mais ne dépasse pas celle du régime de base sur la période de projection;
  • Comme le régime supplémentaire est toujours en phase d’accumulation, le rapport entre la réserve et les sorties de fonds fluctue au cours des premières années, ne se stabilisant que plus tard, lorsque le régime gagne en maturité. Ainsi, ce rapport est de 109,0 au 31 décembre 2025, puis augmente pour atteindre 112,9 en 2028 et diminue ensuite à 31,3 en 2074;
  • Le financement du régime supplémentaire repose principalement sur ses actifs financiers. À long terme, 80 % des entrées de fonds de ce régime proviennent des revenus de placement.

L’évaluation actuarielle peut être consultée sur le site de Retraite Québec : Évaluation actuarielle 2024

À surveiller à long terme

Les facteurs suivants contribuent à accroître l’incertitude entourant les indicateurs de financement :

  • La croissance démographique ralentit en raison d’une baisse de la fécondité et d’une diminution anticipée de l’immigration, ce qui remet en question la stabilité future du nombre de cotisants;
  • Les transformations du marché du travail, notamment l’automatisation, modifient également la participation et les salaires, influençant ainsi le volume et le niveau des cotisations;
  • Les changements climatiques affectent les paramètres démographiques et économiques, entraînant des écarts mesurables dans les indicateurs de financement selon les différents scénarios testés;
  • L’instabilité économique et géopolitique mondiale génère une volatilité importante dans plusieurs hypothèses actuarielles clés, notamment les rendements, la croissance salariale et les taux d’emploi.

Ces éléments renforcent la complexité et la variabilité entourant l’évaluation actuarielle et la projection de la situation financière des régimes.

Régime de pensions du Canada (RPC) — Évaluation actuarielle 2024

Les projections actuarielles de la situation financière des régimes de base et supplémentaire du RPC au 31 décembre 2024 révèlent des constats similaires à ceux de l’évaluation actuarielle du RRQ.

RPC de base

  • Les cotisations et les revenus de placement sont suffisants pour assurer le financement des sorties de fonds à long terme. À compter de 2031, une partie des revenus de placement doit couvrir une partie des sorties de fonds;
  • Aucune part de la réserve ne sera nécessaire pour financer les sorties de fonds sur l’horizon de projection;
  • Le taux de cotisation minimal (TCM) du régime de base est de 9,21 % pour les années 2028 à 2033, et de 9,19 % à compter de 2034;
  • Puisque le TCM est inférieur au taux prévu par la Loi (9,9 %), aucun ajustement automatique du taux de cotisation n’est nécessaire. Le TCM sera calculé de nouveau lors de l’évaluation actuarielle du 31 décembre 2027;
  • Le ratio de l’actif par rapport aux dépenses de l’année suivante devrait augmenter légèrement et passer de 10,1 à 10,9 entre 2028 et 2037, pour ensuite être relativement stable tout au long de la période de projection de cinquante ans jusqu’en 2087.

Régime supplémentaire

  • Les cotisations et les revenus de placement sont suffisants pour assurer le financement des sorties de fonds à long terme. À compter de 2058, une partie des revenus de placement doit couvrir une partie des sorties de fonds;
  • Aucune part de la réserve ne sera nécessaire pour financer les sorties de fonds sur l’horizon de projection;
  • Le premier taux de cotisation minimal supplémentaire (PTCMS) est de 2,01 % à compter de 2028, et le deuxième taux de cotisation minimal supplémentaire (DTCMS) est de 8,04 % à compter de 2028;
  • Puisque le PTCMS et le DTCMS sont plus élevés que les taux prévus par la Loi (respectivement 2 % et 8 %) et en vertu du Règlement sur la viabilité du régime de pensions supplémentaire du Canada, le PTCMS et le DTCMS se situent dans une fourchette qui ne nécessite aucune mesure immédiate. Par conséquent, les taux de cotisations supplémentaires prévus par la loi seront maintenus à 2,0 % et 8,0 % en l’absence de mesures précises de la part des ministres des Finances fédéral et provinciaux. Le PTCMS et le DTCMS seront calculés de nouveau lors de l’évaluation actuarielle du 31 décembre 2027;
  • Comme le régime supplémentaire est en phase d’accumulation, le ratio de l’actif par rapport aux dépenses de l’année suivante devrait progresser jusqu’en 2026, puis décroître pour se stabiliser à un ratio d’environ 24 d’ici 2085.

L’évaluation actuarielle peut être consultée sur le site du Bureau du surintendant des institutions financières :

Évaluation actuarielle RPC 2024